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Peux-tu me parler de ton parcours académique et professionnel ?
J’ai commencé par faire des études d’histoire de l’art, et j’ai fait une maîtrise d’histoire — l’équivalent d’un master aujourd’hui. Ensuite, j’ai travaillé pour l’Institut Français de l’Architecture, un organisme public qui est devenu la Cité de l’Architecture à Chaillot. Là-bas, j’ai fait des choses assez variées : du travail de documentaliste, de rédacteur… J’ai collaboré à une revue d’architecture publiée par la Cité. J’écrivais des articles, faisais des reportages. J’ai aussi travaillé comme documentaliste dans un centre d’archives : on récupérait des archives d’architectes du XXe siècle, on les classait pour préparer des expositions ou publier des livres. J’ai également participé à la mise en place de quelques expos.

J’ai fait ça pendant quatre ou cinq ans. Et puis, au bout d’un moment, j’en ai eu un peu marre de multiplier les contrats précaires, type droits d’auteur… À force de bosser avec des graphistes, ça m’a donné envie de faire une formation de huit ou neuf mois, équivalente à un BTS de maquettiste/graphiste print.

À partir de là, j’ai commencé à travailler dans des agences de communication, en tant que graphiste. Je faisais des maquettes. Au début, c’était surtout de l’exécution, puis un peu plus de direction artistique.

Mais au bout d’un moment, j’avais envie de changer de boîte, et être juste graphiste print ne me suffisait plus. J’ai donc fait une autre formation de quelques mois, cette fois orientée web : conception de site, web design, etc. J’ai repris ensuite en agence, en faisant à la fois du web et du print.
Et puis j’en ai eu complètement marre des agences de com. Beaucoup de pression, et souvent des petites boîtes en galère : dès qu’un client partait, c’était « on va mettre la clé sous la porte ». Certaines ont tenu, d’autres ont fermé, mais l’enchaînement de charrettes et l’incertitude permanente, ça m’a fatigué.

Un jour, j’ai répondu à une annonce pour travailler à la communication du CNRS. C’était un poste purement web, de webmaster. Il fallait mettre à jour les sites du CNRS, sans CMS — donc beaucoup de code. J’ai passé le concours, ça s’est bien passé, et je suis devenu webmaster.
Et puis quand j’ai eu fait le tour du CNRS, j’ai vu une offre à l’Inserm. J’ai postulé, c’était en 2018, et j’y suis depuis.
Qu’est-ce qui t’a amené à rejoindre la fonction publique ?
Après dix ans en agence, avec toute la précarité, la pression, le stress, j’avais envie de stabilité. Et puis l’idée de travailler pour un organisme de recherche, même indirectement, ça me parlait. Participer, même de loin, à la recherche, c’est quelque chose que je trouvais positif.
Il y a d’abord eu le CNRS, puis l’Inserm. Ce sont deux organismes assez proches dans leur fonctionnement.
Comment décrirais-tu ton rôle actuel au sein du département de communication interne ?
Mon travail repose sur deux aspects : éditorial et technique.
Côté éditorial, ça peut être écrire des articles d’actualité, construire des contenus pour les rubriques du site… Ça implique de contacter les services concernés, récupérer leurs infos, les retravailler pour les rendre publiables. Il y a beaucoup de réécriture, de structuration, pour faciliter la lecture. J’organise aussi l’architecture du site, du niveau de la page jusqu’au site global, en réfléchissant à la navigation, aux liens entre rubriques, etc. C’est un vrai travail d’architecture de l’information, avec les contraintes propres au web.

Côté technique, il y a la conception du site, qui évolue constamment. Il absorbe de plus en plus de contenus, donc il faut sans cesse réfléchir à comment les afficher de manière claire. Plus le site grandit, plus il devient complexe. Il faut donc trouver des solutions pour que cette complexité ne gêne pas la navigation.

Je m’occupe du design, de l’UX, parfois un peu de graphisme. Le développement en lui-même est fait à 99 % par un prestataire. Moi, je rédige les cahiers des charges, je fais le suivi de projet et la phase de recette. Et si le prestataire soulève une incohérence ou un problème, on en discute pour trouver ensemble une solution.
Peux-tu nous décrire une journée type au sein du département de communication interne ?
Une journée type, ça commence avec des rendez-vous sur Teams. Ça peut être avec des responsables de service pour concevoir le contenu d’une rubrique, ou avec les développeurs pour faire une recette ou discuter des évolutions techniques.

Je passe aussi du temps à envoyer des mails pour organiser des ateliers, coordonner des personnes autour d’un projet, établir des plannings, faire des listes de tâches.

Et puis j’essaie de me garder des plages de deux ou trois heures ici et là pour la rédaction.
Quelle est la place du site web dans ton travail ?
C’est central. Je dirais que 90 % de mon travail tourne autour du site.
Comment se passe la collaboration avec la personne chargée du développement ?
Mon principal interlocuteur, c’est Mehdi. Il travaille chez ATOS, une société prestataire. Leur contrat est géré par la DSI — la direction des systèmes d’information.

La DSI nous a dit : « Pour ce site-là, vous voyez avec Mehdi. » Ça fait quatre ans qu’on bosse ensemble maintenant, et ça se passe super bien.
Je fais en sorte de toujours lui fournir un brief très clair, avec tous les détails nécessaires, pour qu’il ait le moins de questions possible. Et comme j’ai aussi une formation un peu technique, je peux anticiper pas mal de choses.

Quand il y a un problème, il me le signale, et on cherche ensemble une solution. Nos échanges sont très fluides.
Quels outils ou plateformes utilises-tu le plus dans tes missions ?
Pour tout ce qui est rédaction et gestion de projet, j’utilise Google Drive. Pour la rédaction, c’est surtout Google Docs, et pour les tableaux de suivi, Google Sheets.

Pour la partie plus technique, quand je dois toucher un peu au code, j’utilise Sublime Text.

Et pour les maquettes, ça dépend : parfois Photoshop, parfois Illustrator. Pour un récent projet, on avait pris un outil collaboratif qui ressemble à Figma, mais ce n’était pas Figma… je ne me rappelle plus du nom. Mais c’était bien pratique !
Comment sont prises les décisions concernant les mises à jour ou évolutions du site ?
Les mises à jour sont permanentes. On édite le contenu au fur et à mesure, souvent à la demande des services, qui nous envoient des documents. On les retravaille et on les publie.

Les évolutions techniques viennent généralement des nouveaux besoins. Par exemple, quand on a récupéré beaucoup de contenus depuis d’autres sites, on s’est rendu compte que notre dispositif ne suffisait plus. C’est donc le contenu qui impose les évolutions.
Qu’est-ce qui te plaît le plus dans ton travail ?
Je crois que c’est le côté « problème à résoudre ». Trouver la bonne solution, logique, qui rendra les choses claires et fonctionnelles.
Et ce qui te semble le plus difficile ou frustrant ?
Les interlocuteurs qui ne comprennent pas comment organiser l’information. Ils nous demandent de diffuser des contenus sans avoir conscience des contraintes éditoriales ou stratégiques.

Ça peut devenir conflictuel, et c’est assez frustrant, parce que ça nous empêche de faire correctement notre travail.
Comment fais-tu justement pour dénouer ce genre
de situation ?
J’essaie d’être le plus pédagogue possible, d’expliquer ce qu’on considère être les bonnes pratiques.

Mais parfois, on se retrouve dans des logiques de politique interne, d’affichage, de hiérarchie… Dans ces cas-là, soit on s’adapte en rendant la publication la plus neutre possible, soit on fait appel à la hiérarchie pour trancher.
Quelles sont les idées qui te motivent le plus dans ce que tu fais ?
Même si c’est de loin… de contribuer à la science. (rire)
Comment perçois-tu la communication interne dans un organisme public comme l’INSERM ?
C’est très important, mais aussi très particulier.

Les unités de recherche sont en multi-tutelle, donc les personnels dépendent à la fois de l’Inserm, d’universités, d’hôpitaux… Ça rend la communication interne compliquée.

Le sentiment d’appartenance est souvent flou, ce qui rend notre travail plus complexe, mais aussi intéressant — même si parfois un peu frustrant.
Quels sont les enjeux actuels de la communication scientifique selon toi ?
Diffuser une information scientifique fiable, pour contrer les fake news qui circulent énormément, surtout sur les réseaux sociaux.
Comment vois-tu ton avenir professionnel, à l’Inserm ou ailleurs ?
J’ai pris un peu de recul. Je ne travaille plus que trois jours par semaine. À côté, je suis engagé dans une association. J’aime bien mon travail, mais je ne me projette pas vraiment à long terme.
L’association dans laquelle tu es a-t-elle un lien avec ton travail ?
Oui et non. J’y donne des cours de français à des migrants.
Dans mon travail à l’Inserm, je dois traduire un langage scientifique ou administratif vers du langage courant. Et quand j’enseigne, je travaille aussi la langue, la grammaire, la syntaxe.

Ce sont deux univers très différents, mais il y a un vrai lien sur la question de la langue.
Quel regard portes-tu sur la fonction publique aujourd’hui ?
Franchement… j’ai pas vraiment d’avis.
Penses-tu que la recherche scientifique est suffisamment valorisée en France ?
J’ai l’impression que non. En interne, on voit bien que la recherche française est en déclin par rapport à il y a 20 ou 30 ans.
On était très en avance à une époque, aujourd’hui on est un peu à la traîne. Je crois que… ça marche pas très bien (rire).
Quel est ton point de vue sur l’évolution du numérique et de l’intelligence artificielle dans ton domaine ?
Je pense que l’IA pourrait remplacer une grande partie de mon travail.
Quelqu’un qui connaît bien l’Inserm, avec un bon bagage, pourrait produire dix fois plus de textes avec une IA qu’en travaillant seul.
Donc oui, certains postes risquent de disparaître. Il faudra repenser toute l’organisation du travail.
Y a-t-il une ressource ou une expérience qui t’a particulièrement marqué ?
Oui, un collègue m’avait fait découvrir un guide : "Assurance qualité web", avec une centaine de critères pour bien concevoir un site : accessibilité, lisibilité, architecture de l’info, etc.
C’est une vraie carte mentale pour éviter les erreurs classiques et concevoir un site web de qualité.
Que dirais-tu à quelqu’un qui envisage de rejoindre la communication interne dans un organisme public comme l’Inserm ?
Bonne chance ! (rire)
Est-ce que l’Inserm est considéré comme un service public ?
Oui, à 200 % !
Entretien réalisé avec un membre du service de communication interne.
Éric F.
Votre âge ?
Entre 30 - 40 ans
Votre niveau d’étude ?
Votre parcours est plutôt...?
Depuis combien de temps travaillez-vous à l’INSERM ?
Pourquoi avez-vous choisi
de travailler à l’INSERM ?
40 et +
Master 1
Master 2
Littéraire
Économie et social
Entre 1 an et 3 ans
3 ans et +
Parce que c’est un organisme qui fait avancer la recherche pour améliorer
la santé de tout le monde, et ça me paraît important de contribuer à ça.
J’aime le fait qu’on y travaille avec
des chercheurs et des spécialistes de plein de domaines différents, ça rend le travail intéressant et enrichissant.
C’est une organisation qui respecte ses employés et qui donne des chances d’évoluer dans sa carrière.
J’apprécie le côté « service public » et les valeurs d’entraide et de sérieux qui y règnent.
Qu’est-ce qui vous tient à coeur dans votre travail ?
Le cadre, car je peux aider les autres et participer à une mission d’intérêt général.
De pouvoir apprendre constamment et relever des défis qui me poussent à progresser.
La collaboration avec mes collègues, partager des idées et avancer ensemble.
Je tiens à faire mon travail avec sérieux et qualité, car c’est important pour la crédibilité des résultats.
Mettre en lumière des sujets que peu de gens connaissent.
La diversité
La transparence
Avez-vous des concurrents dans votre domaine ?
Oui
Non
Qui sont vos concurrents ?
Autres organismes publics de recherche (CNRS, l’INRAE ou le CEA...)
Universités et laboratoires académiques
Comment voyez-vous la concurrence ?
Vous ne les appréciez pas car ils vous font de l’ombre
Vous les aimer car ça vous permet de constamment vous améliorez
Quels sont les principaux freins ou obstacles que vous rencontrez dans votre quotidien professionnel ?
Parfois, on manque de moyens matériels ou humains, ce qui ralentit la réalisation des projets.
Les processus administratifs peuvent être longs et compliqués, ce qui peut freiner la rapidité d’action.
Il y a des périodes où la charge de travail est importante, ce qui peut être difficile à gérer sur le long terme.
Parfois, la communication entre les équipes ou services n’est pas toujours fluide, ce qui complique la coordination.
Il peut être difficile de trouver l’équilibre entre faire un travail de qualité et respecter les délais serrés.
Comment décririez-vous vos missions à une personne qui ne sait pas ce que c’est ?
"C'est une sorte de journalisme web. Je recherche, je met en forme et je transmet des informations pour tenir les personnes qui travaillent à l'Inserm informées de ce qui se passe dans l'Institut."
"Mon travail consiste à faire circuler l'information entre tous les personnels de l'Inserm. L'objectif est de faciliter leur quotidien professionnel. Un autre objectif est de développer une image moderne, dynamique et responsable de l'Inserm auprès de ses personnels et de la communauté de la recherche ans son ensemble."
"Informer les collaborateurs sur les évolutions de leur environnement professionnel, et montrer le côté positif de notre organisation de manière à favoriser l'émulation collective et l'envie pour le collaborateur de rester à l'Inserm."
Que diriez-vous à une personne qui a des aprioris sur la fonction publique ?
"On travaille pour la collectivité, et la pression y est souvent moins forte que dans le privé puisqu'on ne peut pas être licencier."
"Contrairement aux idées reçues, la plupart des fonctionnaires sont dévoués à des valeurs de service public et d'amélioration de la société par leur travail. C'est un dévouement sincère pour lequel les fonctionnaires acceptent des conditions de travail souvent difficiles (manque de moyens, manque de reconnaissance, manque de flexibilité...) et des rémunérations basses."
"La fonction publique est essentielle au bon fonctionnement de la société, dans tous ses aspects, de l'entretien des voiries aux thérapies qui guérissent ses proches."
“La notion de service public a acquis une place singulière en devenant, au XXe siècle, emblématique du modèle français de l’État : ligne de démarcation entre le public et le privé, elle est l’incarnation d’un État préposé à la satisfaction des besoins collectifs. Les services publics jouent un rôle structurel et structurant dans la société française : ossature de la vie collective autant que garants de l’accès de tous à certains biens essentiels, ils ont été conçus comme un instrument privilégié d’intégration et de cohésion sociale.

Cette conception a été ébranlée au cours des dernières décennies par la dérégulation néolibérale. Mais si la réduction du périmètre des services publics s’est accompagnée d’une banalisation de leur statut au nom d’un impératif d’efficacité, le service public n’en est pas devenu pour autant une notion vide de sens.

Dans cet ouvrage, Jacques Chevallier entend décrypter les différentes significations de la conception française du service public et analyser sa dynamique actuelle.”, quatrième de couverture, Le service public, Jacques Chevallier, Que sais-je ?, 12e édition, 2022.

Le résumé en quatrième de couverture du livre Le Service Public de Jacques Chevallier met tout de suite en lumière une idée forte : le service public, qui a longtemps été une notion centrale dans l’organisation de l’État français, est aujourd’hui en pleine remise en question. Dans ce livre, l’auteur, spécialiste reconnu en droit public, cherche à comprendre comment cette notion a évolué et pourquoi elle semble aujourd’hui affaiblie face aux transformations de l’État et de la société.

Chevallier revient d’abord sur l’histoire du service public, qui a longtemps servi de base au droit administratif français, avant de montrer comment les réformes récentes (comme la libéralisation des services, les logiques de rentabilité ou l’influence du droit européen) ont bouleversé cette vision traditionnelle. Il ne se contente pas de faire le constat d’une crise : il réfléchit aussi à ce que pourrait devenir le service public à l’avenir.

La thèse centrale du livre montre que la notion de service public, historiquement centrale dans le droit administratif français, est aujourd’hui en crise. Sous l’effet de la libéralisation, des réformes managériales et de l’influence du droit européen, elle a perdu sa clarté juridique pour devenir un concept mouvant, à repenser à l’aune des enjeux contemporains.

Dans cette synthèse, je présenterai d’abord les grandes idées du livre, puis j’expliquerai en quoi cette lecture m’a permis de mieux comprendre le fonctionnement et les enjeux de la structure dans laquelle j’ai effectué mon stage, l’Inserm.

Le service public est une notion centrale dans l’organisation de l’État en France, construite principalement à partir du XIXe siècle. Il s’agit d’une activité d’intérêt général, contrôlée par l’administration, et qui peut s’appuyer sur des prérogatives de puissance publique pour être mise en œuvre. Cette définition juridique a permis de fonder l’action de l’État moderne et explique l’attachement fort des Français à ce concept.
Dans la première partie de son ouvrage, Jacques Chevallier revient sur les fondements théoriques du service public. Il en rappelle l’origine, ses grandes caractéristiques (continuité, égalité, adaptabilité, neutralité), mais surtout, il montre que cette notion ne se limite pas à un cadre juridique : elle est aussi idéologique et politique. En effet, le service public est devenu un véritable mythe fondateur de l’État, particulièrement à partir de la doctrine du solidarisme de la fin du XIXe siècle. Cette doctrine a permis de légitimer l’action des gouvernants, mais aussi de forger une identité forte chez les fonctionnaires.

L’auteur insiste sur le fait que cette vision du service public a structuré toute l’action publique au XXe siècle. Il parle même de « clef de voûte de la construction étatique ». Mais, à partir des années 1980, cette conception commence à vaciller. Face à la montée du libéralisme économique, aux critiques sur le coût et l’efficacité des services publics, et à leur prétendue atteinte aux libertés ou effets inégalitaires, le modèle traditionnel est fortement remis en question.

Chevallier parle alors d’un « ébranlement » du service public. Plusieurs évolutions expliquent cette crise :
- Le développement des privatisations ;
- L’ouverture de certains secteurs publics à la concurrence ;
- Le remplacement progressif d’une logique de mission (servir l’intérêt général) par une logique de performance (résultats, gestion, rentabilité) ;
- L’influence croissante du droit européen, qui utilise plutôt la notion de « services d’intérêt économique général » (SIEG), différente de la vision française classique.

Au départ, je pensais que ce livre, court et général, ne m’apporterait pas grand-chose de nouveau, d’autant plus qu’il ne traite pas spécifiquement du service public scientifique, auquel appartient l’Inserm, l’établissement où j’ai effectué mon stage. Mais en réalité, mes connaissances sur la notion de service public étaient plus limitées que je ne le pensais. Grâce à cette lecture, j’ai mieux compris à quel point la notion était complexe, riche et en pleine transformation.

L’approche de Chevallier, qui insiste autant sur la dimension juridique que sur la dimension idéologique, m’a aidée à mieux comprendre ce que représente aujourd’hui travailler dans une institution publique. Même si les principes juridiques sont connus des agents, cette lecture m’a permis de prendre conscience de la valeur symbolique et politique qui entoure encore aujourd’hui la notion de service public.
Dans la deuxième partie de son ouvrage, Jacques Chevallier aborde le service public non plus comme une simple notion, mais comme une véritable institution. Cela signifie qu’il ne s’agit pas seulement d’un principe juridique ou d’un cadre d’action, mais d’un modèle structurant pour l’organisation de l’action publique, avec ses propres règles, ses acteurs, et une forte dimension symbolique dans la société française.
Chevallier revient d’abord sur l’essor du service public après la Seconde Guerre mondiale, quand l’État a élargi ses missions à de nombreux domaines (santé, éducation, recherche, culture, transports…). Cette consécration nationale a donné au service public une place centrale dans la vie collective. Mais cette position a été progressivement remise en cause par plusieurs facteurs : l’ouverture à la concurrence du secteur privé, les réformes de gestion publique, et surtout l’influence des institutions européennes, qui imposent des règles de libre concurrence, notamment pour les services dits marchands.

Face à ces évolutions, le service public a subi ce que Chevallier appelle une « perte de substance juridique » : il est de moins en moins défini par un statut spécifique ou par un cadre clair, et tend à devenir une notion plus politique que juridique. Plusieurs causes expliquent cette transformation :
L’influence communautaire, notamment les règles européennes sur la concurrence ;
La modernisation de l’action publique, qui transforme peu à peu l’usager en client ;
L’introduction du principe de subsidiarité, notamment renforcé avec la réforme constitutionnelle de 2003, qui redéfinit la place des collectivités locales et de l’État.

Chevallier montre que ces changements ont modifié en profondeur le rôle et le fonctionnement du service public. Il ne s’agit plus d’imposer une offre uniforme depuis le sommet de l’État, mais de s’adapter aux besoins des usagers, avec des modes de gestion plus variés, parfois inspirés du secteur privé. Ce changement marque la fin, selon l’auteur, d’une forme de « dictature de l’offre », au profit d’une logique plus souple, mais aussi plus incertaine.

Cette analyse permet aussi de réfléchir, en tant que futur(e) professionnel(le) du secteur public, à la relation entre l’État et les citoyens. Chevallier rappelle que le service public repose sur une certaine idée du lien social : il n’est pas seulement un outil administratif, mais un vecteur de cohésion sociale. En France, il touche à l’identité collective, à ce qui unit les individus autour de valeurs communes comme l’égalité, la solidarité et la continuité du service.

Pour l’auteur, il ne s’agit donc pas de supprimer le service public, mais bien de le repenser. Il faut tenir compte de la diversité des situations, adapter les modes de gestion, tout en restant fidèle aux principes fondamentaux qui ont fondé cette institution : accessibilité, égalité, continuité et adaptabilité. Le service public a encore un rôle à jouer, à condition de l’adapter aux défis sociaux, économiques et technologiques d’aujourd’hui.
Mon stage à l’Inserm (Institut national de la santé et de la recherche médicale) m’a permis d’observer concrètement plusieurs éléments abordés par Jacques Chevallier dans son analyse du service public. En tant qu’établissement public à caractère scientifique et technologique (EPST), l’Inserm remplit une mission clairement orientée vers l’intérêt général : produire une recherche de qualité au service de la santé publique. Cette mission correspond parfaitement à la définition traditionnelle du service public telle que décrite par Chevallier, reposant sur des principes comme la neutralité, l’égalité, la continuité et l’adaptabilité.

Cependant, au fil de mon expérience, j’ai aussi constaté la présence d’une tension entre deux logiques : la logique classique du service public, fondée sur des valeurs collectives et une finalité sociale, et une logique plus récente, inspirée du secteur privé. En effet, l’activité de recherche est aujourd’hui soumise à des contraintes de performance : appels à projets compétitifs, recherche de financements, exigences d’évaluation et de résultats. Cette hybridation entre la mission d’intérêt général et les outils de gestion modernes reflète bien les mutations évoquées par Chevallier, qui parle d’un service public en transformation, de plus en plus influencé par une culture de l’efficacité.

Par ailleurs, cette expérience m’a aussi fait prendre conscience de l’importance du rôle de la recherche publique dans une société démocratique. En produisant un savoir indépendant, non dicté par des intérêts commerciaux, l’Inserm joue un rôle essentiel dans la défense d’une recherche libre et accessible. Cela rejoint l’idée développée dans l’ouvrage selon laquelle le service public, au-delà de sa fonction administrative, est aussi un vecteur de lien social et un pilier de la démocratie.

Ainsi, mon stage à l’Inserm m’a permis de mieux comprendre que, malgré les transformations profondes qu’il subit, le service public reste une réalité vivante et essentielle. Il évolue, il s’adapte, mais il conserve une fonction fondamentale dans notre société. C’est justement cette capacité à se renouveler sans renier ses valeurs fondatrices que Chevallier met en lumière dans son ouvrage.

En définitive, l’ouvrage de Jacques Chevallier ne se contente pas de constater la crise du service public, il propose surtout une lecture lucide et nuancée de son évolution. Loin d’en faire une structure rigide appartenant au passé, il nous invite à le considérer comme un instrument souple, en perpétuelle adaptation, au service de l’intérêt général. À travers son analyse, on comprend que le service public ne disparaît pas : il se transforme, parce que la société elle-même évolue.

Mon expérience à l’Inserm m’a justement permis d’observer cette transformation en action. J’y ai vu qu’il était possible de concilier innovation, exigence scientifique et mission d’intérêt public, dans un cadre qui reste profondément fidèle aux principes du service public. Cette cohabitation entre tradition et modernité montre que nos institutions publiques, bien qu’elles soient parfois critiquées ou bousculées, restent capables de s’adapter aux enjeux contemporains.

Finalement, j’ai perçu ce livre comme un message d’espoir : le service public a encore un avenir, à condition qu’on accepte de le faire évoluer sans renoncer à ses valeurs fondamentales. Il serait bien plus inquiétant qu’il reste figé alors que la société change. Ce que Chevallier propose, c’est de réconcilier les citoyens avec leurs institutions, en repensant le service public non comme un vestige, mais comme un outil vivant de la démocratie et de la cohésion sociale.

Sondage réalisé auprès de l’ensemble de l’équipe de communication interne de l’INSERM (1 femme et 2 hommes)
Lecture réalisée pour comprendre le secteur de l’entreprise dans lequel j’ai effectué mon stage.
Jacques Chevallier, Le service public, 12ᵉ éd., Presses Universitaires de France (collection "Que sais-je ? / Droit - Politique"), 21 septembre 2022, 128 p.
Élie Sloïm & Laurent Denis, Assurance qualité web, 2 décembre 2021, 522 p.
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